Ce que je n’ai pas dit – Epilogue

Comme je l’ai déjà dit, l’observation montre que toutes les choses ont un caractère impermanent et changeant, qu’elles sont dépourvues d’une essence stable et immuable. Mais si je souligne les paradoxes entre la réalité et l’idée qu’on s’en fait, je ne remets pas en question l’existence du monde réel et de ses constituants appelés « singuliers réels » (l’objet fleur par exemple) dont nous faisons l’expérience au travers de nos 5 sens.

J’essaie de voir comment se tissent les liens entre la réalité et l’idée de la réalité, entre l’objet et le nom qui l’appelle : quel est le rapport entre la fleur et le nom « fleur », quel rapport entre les singuliers réels et les universaux ?

La méditation – l’entrainement à une observation attentive – fait apparaitre clairement le réel (les singuliers réels) dont nos faisons l’expérience au travers de nos sens, la représentation mentale que l’esprit rend de cette expérience sensorielle, et  les universaux – ou concepts – qui existent indépendamment de nos sens ou de nos esprits : par exemple, l’universel « fleur » existe que nous y pensions ou pas. Cette observation révèle un certains nombres de paradoxes :

– Le caractère impermanent et l’impression de stabilité

Tous les objets du réel, une fleur comme une étoile sont en perpétuels changements, pourtant chacun de nous fait l’expérience d’un monde stabilisé, ordonné. Il apparait donc un paradoxe entre ce qui est et ce qui est saisi par les sens et l’esprit.

Mais si seul ce qui est immobile peut être saisi, l’absence d’une essence permanente au cœur des choses est censée les rendre « inidentifiables ». Pourtant je ne peux pas dire non plus que rien n’existe, que rien ne peut être identifié.

Les universaux existent mais ne sont pas (forcément) la réalité

Nous faisons l’expérience de la réalité grâce à nos facultés sensorielles. Les idées et les concepts (les universaux) permettent d’organiser ces expériences sensorielles et donc la connaissance.

En extrapolant au domaine du langage, quel rapport existe-t-il entre le signifiant et le signifié, entre le mot « fleur » et l’objet fleur. Car si les universaux étaient toujours fidèles à la réalité, il n’y aurait jamais de quiproquo entre 2 individus car chacun comprendrait précisément les mots de l’autre, puisque les mots seraient précisément les choses. La possibilité des quiproquos montre clairement que les universaux ne sont pas les choses.

En contre partie, les concepts (les universaux) ne sont pas que de simples objets de l’esprit, ils ont une existence réelle car ils permettent de mettre en place avec succès une action donnée (on parle d’efficience causale). Par exemple, si je vous demande d’aller me chercher une fleur dans la pièce d’à coté, vous ne reviendrez pas avec une table.

L’esprit n’est pas séparé du corps, il est simplement un sens particulier

Contrairement à la philosophie occidentale qui considère le corps et l’esprit sur des plans distincts,  l’observation montre que malgré ses particularités, l’esprit peut être considéré comme un sens supplémentaire. L’observation simple ou la méditation ne révèlent aucune hiérarchie dans les expériences,  entendre un bruit ou penser sont certes des processus différents, mais ne sont que des expériences. A la différence de notre tradition occidentale, le bouddhisme ne sépare pas le corps et l’esprit, il leur accorde une importance équivalente. Il considère simplement l’esprit comme une faculté sensorielle supplémentaire, un sixième sens permettant le processus de pensées et de conceptualisation.

En effet, le corps et l’esprit  nous permettent d’appréhender le monde et d’en construire une représentation : la vision permet de contempler la fleur, l’esprit permet de penser à la fleur. En plus de la capacité à conceptualiser sans fin, l’esprit est capable d’expérimenter les 5 autres sens (la vue, l’odorat, le goût, le toucher, l’ouïe). Ce qu’aucun autre sens ne peut faire : par exemple, l’esprit peut faire l’expérience d’une image saisie par la vue, mais la vue ne peut pas faire l’expérience d’un goût.

Ces conditionnements, ces paradoxes sont hérités de la culture de notre société qui donne à l’esprit et à l’égo une place hégémonique.

L’observation me plonge au cœur des contradictions entre le réel et la représentation du réel – une représentation chargée de ma culture et de mon histoire.

ÉCLAIRAGE PHILOSOPHIQUE (cliquez sur l’image)

 

Mais je ne tiens pas ici une position nihiliste pour renverser un système de pensée et laisser le néant s’affirmer comme seul existant. Au contraire, je tente (au travers de l’observation) de faire jaillir un sens au-delà de la pensée discursive.

ÉCLAIRAGE PHILOSOPHIQUE (cliquez sur l’image)

 

La méditation vient explorer le lien entre le concept et la réalité. J’essaie d’étirer ce lien jusqu’à « séparer » le concept de la chose qu’il définit – séparer la fleur de l’idée de la fleur -. Cette expérience de séparation procure un sentiment puissant d’espace et de liberté. Mais pas seulement. En dépassant les limites que m’imposaient l’esprit et la conceptualisation, je libère des espaces pour une compréhension intuitive nouvelle et bien plus vaste, située au delà des mots : une compréhension transcendée, une nouvelle conscience.

ÉCLAIRAGE PHILOSOPHIQUE (cliquez sur l’image)

 

En découvrant les limites et les impasses dressées par l’esprit, je découvre surtout la voie qui permet leur dépassement.

C’est le sens que je ne pourrai jamais vraiment nommer, c’est le but ultime de la méditation.

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